Rénover un appartement centenaire

Au moment d’acquérir ce duplex construit en 1900, les deux appartements (des 4 ½) servaient d’entrepôts de meubles et d’antiquités depuis plus d’une dizaine d’années. Alors que plus personne n’habitait ces logements, c’est celui du haut qui avait été le plus « démoli » pour pouvoir contenir davantage de meubles :

  • Cuisine arrachée ;
  • Baignoire et douche retirée pour faire place à une saldo;
  • Deux murs avaient été mis par terre.

 

De plus, l’entretient avait été négligé depuis quelques années nous retrouvant avec des fenêtres brisées, volets extérieurs pourris et arrachés, balcon pourri, escalier de fer forgé entièrement rouillé, puits de lumière à forte condensation, toiture finie, murs extérieurs avec lattes de pin déclin manquantes, laissant place à des infiltrations d’eau, etc.  Il était grand temps de s’en occuper et de le rendre habitable à nouveau!

Les murs manquants nous ont incités à le garder à aire ouverte afin d’en faire un LOFT. Un peu craintifs à savoir si ce type de logement allait facilement se louer dans le secteur, nous avons décidé de ne pas « moderniser » l’appartement, de respecter son style et de miser sur son cachet.

Bien que nous ayons insonorisé les murs mitoyens, nous avons tenté de sauvegarder le plus de lambris possible. La forme très arrondie du plafond nous a poussés à contacter un ingénieur en structure afin de vérifier que la situation ne s’aggravait pas. La bonne nouvelle : nous pouvons conserver les lattes de bois au plafond.

Au moment de remplacer les portes et fenêtres, la première problématique rencontrée est que bien qu’à l’époque tout se faisait en bois, aujourd’hui, il s’agit d’un matériau luxueux et coûteux. Nous avons donc fait un compromis et opté pour des hybrides : acier à l’extérieur, bois à l’intérieur. Et tant qu’à remettre du bois, on installe bien sûr de magnifiques fenêtres à crémone, comme à l’époque!

 

Face à cette grosse dépense, on a décidé de travailler à petit budget pour la cuisine et nous sommes tournés vers IKEA où le choix de chaque item est réfléchi :

  • Évier-bac en céramique blanc;
  • Portes d’armoires pâles, soit blanc/crème (plus question d’avoir du doré!) pour illuminer et pour le côté un peu farmhouse. Parce que la cuisine est linéaire, on brise un peu la monotonie avec des portes de verre;
  • Dessus de comptoir en imitation de bois clair. Oui, j’aurais préféré du vrai bois, mais on me l’a fortement déconseillé pour un appartement locatif (besoin d’huiler chaque année, donc ne pas confier cette tâche d’entretien à des locataires). C’est un peu dommage, mais l’avantage du contre-plaqué c’est qu’il ne changera pas de couleur contrairement au bois qui pourrait foncer. Bon choix pour une cuisine lumineuse!

 

La question des garde-robes est aussi à soulever. On n’en construisait pas avant les années 1950, ce qui explique que chaque famille a toujours au moins une énorme armoire ancienne quelque part! Il fallait donc trouver le moyen d’en intégrer, mais qui dit loft, dit walk in!

Ce qui m’amène à parler de la salle de bain. Il fallait complètement la repenser et donc repenser l’espace qu’elle occuperait dans le loft. Parce qu’on ne connaît pas l’avenir, j’ai conçu un plan qui permettrait un jour de démolir le walk in et de percer le plancher/plafond afin d’installer un escalier qui relierait les deux appartements et transformerait le duplex en cottage! Ingénieux hein? J’ignore si on le fera un jour, mais ça reste une possibilité!

Donc, la salle de bain longe le mur arrière ce qui permettait d’y intégrer la fenêtre. L’emplacement de la fenêtre m’a incité à placer la baignoire devant celle-ci. Baignoire qui est en fait un bain sur patte antique qui correspond à l’année de construction de la maison. Une fois ré-émaillé, il est magnifique et c’est à peine plus cher qu’une baignoire moderne. (Attention, c’est la robinetterie qui mange le budget!)


Pour le meuble-lavabo, j’ai pu récupérer une petite armoire antique (qu’on appelle chiffonnier) dans tout le bric-à-brac avec l’idée de combiner le style moderne/ancien. J’ai déniché un lavabo de type bol plutôt simple et neutre et je dois dire que mon plombier a parfaitement compris mon intention, car c’est à lui que je dois le travail et le look de la robinetterie. La pharmacie est aussi une antiquité.


 

La salle de bain m’amène à mentionner les planchers. Pour installer la baignoire, nous avons retiré le plancher existant pour renforcer la structure et puisqu’il y avait un dénivelé d’environ 3 pouces dans la pièce, nous l’avons retiré sur la partie au-delà de la salle de bain afin de le niveler. Ces planchers centenaires étant magnifiques, nous avons pu faire un simple sablage et vernis pour les remettre en état. Ce sera par contre sans doute la dernière fois, car ce procédé fragilise et amincit les embouvetages qui ne résisteront pas à un autre traitement.

Pour boucler la boucle de la rénovation intérieure, j’en reviens au lambris. Il avait été peint à l’huile et l’espace entre les lattes montrait de nombreuses craques. Ce qui fut un travail de moine d’appliquer du latex entre celles-ci pour faire disparaître les craques, appliquer deux couches de primer (huile exige) et deux couches de peinture… au pinceau, sur chacune des lattes… même chose pour le plafond!

Pour l’extérieur, deux anecdotes méritent d’être racontées.
La première concerne l’escalier de fer forgé qui est en fait le seul accès au loft (j’ai bien demandé à la municipalité de construire un escalier en façade, mais ça été très rapidement refusé). Donc cet escalier, il était rongé par la rouille, mais il a été une des dernières composantes à se faire restaurer. Ainsi, tout l’appartement a été vidé de son bric-à-brac. Parmi les items très lourds qui sont passés par là, je dois mentionner le réfrigérateur à moteur au dioxyde de carbone de 1930 qui malgré sa petite taille, pesait une tonne. Ensuite, quelques armoires en bois massif, le magnifique bain monté là-haut par deux hommes forts. Une fois les travaux intérieurs terminés, nous avons réparé l’extérieur. Le restaurateur spécialisé en fer forgé se met au travail, il enlève quelques parties qui ne se restaurent pas pour les remplacer par de nouvelles. Il travaille donc dans l’escalier au moment où celui-ci se détache du balcon … et s’effondre! Je vous rassure, notre brave réparateur n’a pas été blessé fort heureusement, mais ça montre à quel point il était minuit moins une pour cet immeuble!

L’autre anecdote est aussi inquiétante. Alors que les ouvriers terminent les travaux à l’appartement du bas, ils me disent que le courant électrique baisse à tout moment et qu’ils ont dû terminer leur journée avec une seule prise de courant. L’électricien me dit au téléphone qu’il va sans doute falloir rouvrir les murs pour localiser le problème (nos travaux intérieurs sont quasi finis alors ce n’est pas une très bonne nouvelle). Finalement, à son inspection, il réalise que la source du problème est sur le toit, à l’arrivée du courant dans l’immeuble. Les fils électriques sont complètement dégainés, certains datent des années 1950 et qu’à de forts vents, ils pourraient entrer en contact avec la colonne de métal qui les retient, ce qui ferait des flammèches et initieraient un incendie! Minuit moins une… comme on dit!

Mais, toutes ces péripéties ont porté fruit, car nous avons effectivement trouvé des locataires qui aiment et recherchent ce style. Une de nos récentes locataires en a fait l’appartement le plus vu de Saint-Lambert. La styliste d’intérieur Émilie Desjarlais de Brook and Peony s’y est installée pendant deux ans avec sa petite Brook pour en faire son nid douillet!   

 

En terminant, je vous laisse mon plan de travail afin de mieux comprendre l’espace.